Lundi 16 juillet 2007
Nazisme parental.
Yann Moix se cache, court, trébuche, et se résigne à prendre des coups. Les coups. Ceux de son père, ceux de sa mère. Ceux de sa chair sur sa chair.
« Panthéon », sur le fronton duquel est inscrit le mot roman, est très fortement autobiographique. (Autofictionnel aussi)
L'auteur y raconte son enfance à Orléans, au sein d'une famille ultra réactionnaire, il est battu par ses parents. Alors, pour échapper aux coups et à son misérable destin il va s'inventer un panthéon intérieur, imaginaire, dans lequel on retrouve entre autre Péguy, Hugo, Marat, et surtout François Mitterrand…
Le 10 mai 1981tm Yann Moix a 13 ans, tandis que ses parents veulent en faire un polytechnicien, lui passe son temps à se masturber et à dessiner…
_ Je le frappe ce con.
_ Hé.
_ Mais c'est qu'il a la tête dure.
_ Hm
_ Pourtant dedans y'a rien. Rien ! Que des BD…
_ Ha oui ?
_ Ouihoui, holahouihoui… Monsieur branletoman, monsieur Con veut faire de la BD…. Ca rime avec PD… C'est PD pour les enrhumés. De la BD…
_ C'est un malade
_ Il ferait mieux de faire des maths.
(Scène de torture)
Yann, à l'âge où les autres enfants ont pour héros Tintin ou Astérix, s'entiche de François Mitterrand. Il est son héros, sa conscience, son sauveur.
_ On ne rature pas un coup. Un enfant ne défrappe pas, ne se déshématomise pas ; quand le coup a eu lieu, c'est pour toujours. Les coups, je vais te dire la vérité : les coups se traduisent pas en phrases.
_ D'accord, me lance François Mitterrand, mais en quoi s'expriment, se décrivent les coups ?
Cela lui vaudra de « belles » branlées, ses parents ne supportant pas d'avoir engendré un
«socialo-communiste PD».
_Putain, Delon dit Mitrand, Delon dit Mitrand ! s'exclame Roger Hanin
Puisque c'est ça je vais dire Dlon maintenant !
Le roman alterne des chapitres (courts) concernant l'enfance du petit Yann, avec ses souffrances, ses digressions, ses mots justes pour raviver la morsure des torgnoles, et des chapitres nous plongeant dans son panthéon intérieur, un imaginaire entouré de grands hommes, où l'auteur s'imagine l'entremetteur entre ses écrivains préférés et François Mitterrand.
Le style est agressif, rythmé, le flot de mot est énergique, quelquefois heurté. Yann Moix se joue de la grammaire et multiplie les néologismes, mais pas toujours avec bonheur, n'est pas Raymond Queneau qui veut. Est-ce par schizophrénie qu'il décline son nom de toute sorte (Ian Moaks, Yan Moixe…), est-ce par pudeur qu'il préfère EnfHanbaTTû à enfant battu ? L'esthétique est quelquefois comme l'enfant : torturé, sans que ce soit pénible, mais pour que ce soit fort, intense, littéraire.
Yann Moix est un animal, sa plume est animale, écorchée vive, bouillonnante, c'est une sorte de kamikaze littéraire qui distribue quelques grands coups de poing dans la gueule du lecteur, jusqu'à la dernière page, intense, où le lecteur s'effondre, KO dans un uppercut final.
J'ai aimé, j'ai aimé surtout la violence avec laquelle l'auteur se détache des humiliations, des coups de fil électrique, d'un même pas mal un peu enfantin, inconscient. J'ai aimé le rire glacé, le sang dans les mots, la carence affective palpable à chaque syllabe et l'échappée imaginaire et touchante dans son panthéon peuplé de grands hommes.
C' EST POUR QUI ?
_ les romantiques (au sens littéraire du terme)
_ les mitterrandôlatres
C'EST PAS POUR…
_ les lecteurs de Marc Lévy
_ les « Mitrand »
« Panthéon », de Yann Moix, chez Grasset, août 2006, 300 pages.
__________________________________________________________________________________________
Journaliste de formation, Yann Moix se lance dans l'écriture dans les années 1990. Son premier roman 'Jubilation vers le ciel' reçoit un joli accueil critique et le prix Goncourt du
premier roman (1996). 'Les Cimetières sont des champs de fleurs' et 'Anissa Corto' confirment son statut d'écrivain, mais il lui faut attendre 2002 et son livre 'Podium' sur un sosie de Claude
François, suivi d'un film avec Benoît Poelvoorde, pour que le grand public retienne son nom.
Commentaires Récents