Lundi 15 octobre 2007

01052328011.gif"Cette fiction prend appui sur des évènements réels et met en scène des personnalités qui apparaissent sous leur vrai nom. Certains de leurs propos sont imaginaires, d'autres sont fidèles à la manière dont ils ont pu être rapportés dans des livres ou des articles".

Suivi de la liste des sources sur lesquelles il s'est appuyé, c'est ainsi que Marc Dugain conclu son oeuvre.
Il ne s'agit alors pas d'un essai, mais ni complètement d'un roman. Une sorte de document-fiction, comme c'est la mode actuellement. Mais nous sommes là à un tout autre niveau que l'imposture jouissive de Dan Brown ou encore le souffle emphatique d'un Max Gallo.

En prenant la plume pour écrire les mémoires de Clyde Tolson, le bras droit et amant du mythique et indéboulonnable patron du FBI John Edgar Hoover, Marc Dugain signe une chronique passionnante des Etats-unis du XXième siècle.

J.E Hoover fut patron du FBI de 1924 à 1972, soit près de 40 ans de règne dans l'institution policière la plus puissante du monde, traversant les années et les présidents successifs (8 au total) avec l'ardeur et la fougue d'une foi très personnelle, inquisitrice, maniaque, garante d'une morale puritaine, avec des méthodes de police politique qui renverraient presque la Gestapo au rang de pizzaïolos désorganisés, et surtout avec une phobie paranoïaque de ceux qu'il considère comme les ennemis des Etats-Unis, c'est-à-dire tous ceux qui ne croient pas en un Dieu blanc protégeant les Etats-Unis et garant du grand capital.
Ces ennemis là, Hoover les flanque dans un fourre-tout idéologique : le communisme.
Un terme, dit Tolson dans ses « mémoires », dont le génie consistait à ne jamais le définir précisément, ce qui permettait à Hoover d'y ranger aussi bien Fidel Castro, que Martin Luther King, Bob Kennedy, Jane Fonda ou….. Le général De Gaulle !

Mieux vaut l'avoir dans la tente qu'il pisse vers l'extérieur, qu'en dehors et qu'il pisse dans la tente.

C'est au nom de cette idée prononcé par le président Dwight Eisenhower qu'aucun président américain, aucun ministre de la justice, qui le détestait tous, ne pu se débarrasser d'Hoover.
Le Machiavel du FBI, génie de (l'inquisition) l'investigation, du micro caché, de la photo volée, possédait des millions de dossiers, dont, vous l'aurez compris, des dossiers compromettant sur l'ensemble des hommes de pouvoir du pays.

Secrets d'alcôves, idéologie ou opération politique d'envergure, on traverse à travers le prisme Hoover l'histoire des USA, de Roosevelt à Nixon, en passant par Joe, John puis Bob Kennedy, Marilyn, Cuba, la mafia, les élections truquées, le pétrole, les syndicats, la CIA etc…. Hoover est toujours là, tapis dans l'ombre, tirant les ficelles d'une Amérique qu'il tient dans sa poigne d'airain.


Marc Dugain brasse 40 ans d'histoire sans concession, avec un ton limpide et chirurgical. La lecture est tantôt agréable, tantôt jouissive, tantôt… effrayante.
A la poésie des romanciers qui jouent les historiens je préfère souvent, quand il s'agit de sujets qui méritent l'analyse, un bon pensum universitaire lourdement documenté. Pour la première fois, j'adhère à ce style littéraire, parce que c'est Dugain, dont on connaît le sérieux depuis « La chambre des officiers » en 1999, et parce que c'est Hoover, à qui une abondante littérature universitaire est déjà consacrée.

Aux essais les "preuves", aux romans les "traces", mais quand l'exactitude de l'un rejoint la vérité de l'autre alors l'Histoire et la fiction se fondent dans une seule et même ivresse, celle du lecteur.



La malédiction d'Edgar, 2005, chez Gallimard




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marc-dugain.jpg     Après avoir vécu les sept premières années de sa vie au Sénégal, Marc Dugain revient en France avec ses parents. Il intègre quelque temps plus tard l'Institut d'études politiques de Grenoble, où il étudie les sciences politiques et la finance, avant de prendre la tête d'une compagnie d'aviation. Mais l'écriture l'a toujours démangé. Aussi, il se décide à prendre la plume, et signe "La chambre des officiers" en 1998. Ce premier roman reçoit près de vingt prix littéraires et est adapté au cinéma. Il sort ensuite "Campagne anglaise", "Heureux comme dieu en France", "La malédiction d' Edgard" et plus récemment "Une exécution ordinaire" (2007) -le pendant russo-soviétique de la Malédiction d'Edgar-, et se constitue peu à peu un lectorat fidèle. Friand d'horizons lointains, Marc Dugain vit au Maroc depuis 2001

par clinty publié dans : livres
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