Depuis 2000 ans que les hommes courent toujours plus vite, sautent encore plus haut, se renvoient la balle toujours mieux et se cognent toujours plus fort, on pouvait penser que tout avait été fait, tout les exploits accomplis et les records battus.
Peut-on imaginer que l’on gagne encore en vitesse et en hauteur ?
Tout comme après Hugo les Lettres se fanent, après Julien-de-la-nouvelle-star la musique s’affadit, après le messager de la victoire de Marathon, le corps stagne.
Pendant des siècles on a célébré la précision et les progrès de l’horloge qui mesurait de plus en plus précisément le temps. Mais si les cadrans solaires et les clepsydres avaient saisi les centièmes de secondes nous nous serions vite lassé de constater que la géographie corporelle connait des frontières.
Puis un jour, tandis que l’Homme s’ennuyait dans son bac à sable, il inventa la chimie et le Tour de France.
Comme chaque année le Tour de France s’achève avec dans sa roue son lot d’affaires de dopage.
Comme chaque année les mêmes questions, les mêmes journalistes et leur « Tour du renouveau », la même langue d’ébène des coureurs et la même lutte entre ASO (organisateur du Tour) et l’UCI (union cycliste internationale).
Donc des constantes, mais aussi des nouveautés, avec semble t-il, un changement de mentalité progressif des sportifs et de leur encadrement et une révolution avec le boycott de certains médias, dont le plus spectaculaire est le retrait en pleine course de la télévision allemande.
Un changement de mentalité ?
Que tout le monde ne soit pas dopé semble une évidence. Il suffit de comparer les performances d’un Christophe Rinero entre 1998 (affaire Festina) et 2007. Le moissagais survolait alors le plateau de Beille avec les meilleurs pour finir avec le maillot à pois rouge et 4ième du classement général ! Aujourd’hui il est perdu dans les profondeurs du classement et semble avoir perdu ses capacités de montagnard.
Il a troqué la gloire contre la sérénité de pouvoir se regarder dans un miroir.
Il suffit de comparer les performances d’un David Millar avant et après qu’il se soit fait piqué par la patrouille...
Le grand public sait désormais que dans le vélo le dopage est culturel, institutionalisé depuis longtemps, on ne peut plus voir comme en 1998 les coureurs faire grève contre les attaques et la pressions des organisateurs, contre, finalement, le système de lutte antidopage.
On a vu cette année un sitting de quelques équipes contre les « affaires », les tricheurs, une sorte de rébellion des sans grades qui n’existait pas avant*, puisqu’on préférait sortir le pipeau habituel sur la préparation hivernale pour préserver le secret du peloton.
L’UCI a annoncé le controle positif de Moreni, le coureur de Cofidis, équipe qui s’est érigée en porte-parole antitriche, lors de l’étape Marseille-Montpellier, juste après le sitting protestataire mené par là même Cofidis... Interdit de rire...
Les mêmes débats fleurissent d’une année sur l’autre : doit-on légaliser jusqu’à un certain seuil le dopage ? Le Tour est-il trop dur ? Comment lutter efficacement et tutti quanti...
Mais ne se voilent-on pas la face ?
Même « légaliser », le dopage, la triche, repoussera ses frontières, il suffit de créer des listes de produits autorisés pour qu’il existe des produits interdits. Et plus globalement, administrer des médocs à un patient qui n’est pas malade pose des problèmes autrement plus pentu que la montée du Tourmalet.
Le Tour serait trop dur ? Facile, il ne serait plus le Tour. Faux problème, le sportif se dope pour faire 100 mètres, il se dopera pour en faire 90. Et finalement, se n’est pas la moyenne horaire d’une étape qui excite le public, mais qui arrive en tête et qui fait preuve de panache.
Le sport professionnel ne porte pas en lui les même valeurs que le sport amateur. L’hygiène physique et morale est habillée par Nike et diffusée par la télé moyennant quelques centaines de million d’euros.
Dans un monde qui tend de plus en plus vers la lutte généralisée et sans merci des uns contre les autres, vers le culte de la performance individuelle et la rentabilité à cours terme, dans un monde où l’honnêteté ne permet pas de gagner, de « performer », il est sans doûte vain de croire que quiconque puisse arrêter le dopage, et plus généralement, la triche sous toutes ses formes.
Finalement, comme depuis toujours, le sport demeure une idéologie bas de gamme destinée, avec le pain, à satisfaire le peuple...
* Ne pas oublier Christophe Basson et Erwan Menthéour
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