Vous avez peut-être vu comme moi sur les chaînes infos ces pêcheurs d'anchois furieux et bloquer des ports du Golfe de Gascogne.
Défendant leur bout de viande comme chacun le ferait, il réclame à la Commission européenne, avec le (sans conviction, uniquement électoraliste) soutient du gouvernement français, la réouverture de
la pêche à l'anchois, déjà sévèrement restreinte depuis 2005 et actuellement fermée jusqu'à la fin de l'année.
Jeudi 19 juillet bruxelles a décidé de maintenir l'interdiction jusqu'à la fin de l'année, appuyée par le rapport de la commission scientifique européenne qui estime à "30.000 tonnes la
quantité de poissons adultes dans le stock" d'anchois, soit "bien en dessous du niveau auquel la pêche commerciale pourrait reprendre sans danger pour le stock". ceci n'est pas un anchois
La méchante Commission européenne veut-elle tuer la flotte française comme prétendent les représentants du secteur ?
C'est idiot, car si elle voulait "tuer" nos amis pêcheurs elle leur permettrait de pratiquer, quand il n'y aura plus d'anchois, il n'y aura plus de pêcheurs, et la grogne cessera d'elle-même.
Tout ça pour dire que la valeur n'est pas toujours là où l'on croit, et qu'un sytème dont les yeux ne sont clairvoyants qu'à court terme est destructeur.
Heureusement les scientifiques, et heureusement, l'inénarrable économiste Bernard Maris* :
"Les pêcheurs utilisent une ressource fossile (le pétrole) pour capturer une ressource renouvelable (l'anchois) qui n'est renouvelable que jusqu'à un certain seuil de capture. La valeur créée par
les pêcheurs est grosso modo celle de leur travail, plus celle du fioul, plus l'amortissement des bateaux. La nature, elle, leur fait cadeau des anchois : elle n'a donc aucune valeur en
elle-même, comme l'air qu'on respire.
Sauf que la valeur des pêcheurs, en tuant la non-valeur de la nature, finit par faire crever le travail des pêcheurs, donc la valeur des pêcheurs.
Finalement, ce qui n'a pas de valeur en a plus que ce qui en a, hi-hi."
Parfois l'économie flirte avec la philo. Les pêcheurs sont-il philosophes ?
* A lire, l'excellent Antimanuel d'économie, chez Bréal.
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