Mercredi 18 juillet 2007
pernaut3-copie-1.jpgSitôt la fin du reportage au cœur de la BAC, un sourire carnassier se dessine sur le visage de Jean-pierre Pernaut….
L' avez-vous déjà remarqué, ce sourire ?

……

Il est désormais 13h05, notre présentateur/journaliste
s'illumine et annonce la suite des informations :

"A présent partons à la rencontre du dernier artisan empailleur, Ignace Chevignou, qui nous reçoit dans son atelier de La Houspignole sur côté, au cœur du Berry. Ignace est le dernier à empailler les trophées de nos amis les chasseurs, c'est un voyage bucolique que nous vous proposons à la rencontre de la France d'en bas, celle qui, vaillante et opiniâtre, cotise pour ces feignants de profs, ces branleurs d'intermittents et ces sauvages de jeunes."

Clin d'œil discret pour son fidèle public, Jean-pierre sait que son public aime les bucoliques voyages.

L'œil pittoresque, la caméra balaie une vaste plaine verdoyante à peine troublée par la longue ribambelle des pylônes EDF se perdant dans la ligne d'horizon. Changement de plan. Une petite cabane se profile au bout d'un chemin de terre, coincée entre un bosquet des plus charmant et un champs fraîchement labouré. Ignace nous attend à l' intérieur, accoudé à son établit qui supporte en plus de ses 120 kg le dernier volume du " Figaro magazine".
Accroché au mur, derrière lui, on distingue sans peine parmi les têtes de sanglier et de chevreuil un portrait du maréchal et quelques posters de Johnny et de Michel Sardou.

Le reportage, rythmé par le si folklorique accent d'Ignace, nous apprendra que notre artiste n'a plus trop de travail à cause des restrictions imposées par ces salauds d'écologistes (il les traitera même de
communistes ! ), que notre valeureux soldat de la tradition est écrasé par les charges félonnes engraissant ces privilégiés de preneurs d'otages de fonctionnaires, que sa femme s'est barrée à cause des 35 heures, et enfin, que tout cela c'est la faute au complot judéo-maçonnique diligenté par les socialos-communistes…
Mais ce dernier propos sera heureusement coupé au montage.

Devant son écran de télévision, partout en France, le public de Jean-pierre serre le poing et se mord les joues. A Neuilly, des gouttes de sueur perlent sur le front de Charles-henry, il espère que les socialos-communistes ne reviendront jamais au pouvoir ( il s'exilerait sans hésitation en Suisse pour fuir le déclin de la France livrée aux dégénérés ) ; à Toulon, Nadine a les mains moites, une idée traverse son esprit ( une idée, toujours la même, traverse l'esprit de Nadine une fois par jour, au environ de 13h10 ), est-ce que le sort de ce pauvre artisan ne serait pas étroitement lié à l'islamisation de la France ? ; à Beauville, dans le Lot-et-garonne, les muscles des épaules de Dédé tressaillissent, lui aussi à peur de perdre sa femme à cause des 35 heures.

Alors il la bats régulièrement, pour qu'elle reste soumise. Dédé fait couler un peu de vin, le sang de la Terre, dans son verre, puis dans son gosier…. Ca le calme.

Ses pupilles se dilatent, se yeux se voilent, vident, comme fixés sur un objet lointain invisible aux autres…

Il regarde TF1.

"Le métier de TF1 c' est d' aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Or, pour qu' un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont vocation de le rendre disponible. C' est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c' est du cerveau humain disponible."

Patrick Le Lay, P-DG de TF1, dans "les Echos"de septembre 2004.
par clinty publié dans : télévision
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Lundi 16 juillet 2007

panth--on.jpg


Nazisme parental.

Yann Moix se cache, court, trébuche, et se résigne à prendre des coups. Les coups. Ceux de son père, ceux de sa mère. Ceux de sa chair sur sa chair.

« Panthéon », sur le fronton duquel est inscrit le mot roman, est très fortement autobiographique. (Autofictionnel aussi)
L'auteur y raconte son enfance à Orléans, au sein d'une famille ultra réactionnaire, il est battu par ses parents. Alors, pour échapper aux coups et à son misérable destin il va s'inventer un panthéon intérieur, imaginaire, dans lequel on retrouve entre autre Péguy, Hugo, Marat, et surtout François Mitterrand…

Le 10 mai 1981tm Yann Moix a 13 ans, tandis que ses parents veulent en faire un polytechnicien, lui passe son temps à se masturber et à dessiner…

_ Je le frappe ce con.
_ Hé.
_ Mais c'est qu'il a la tête dure.
_ Hm
_ Pourtant dedans y'a rien. Rien ! Que des BD…
_ Ha oui ?
_ Ouihoui, holahouihoui… Monsieur branletoman, monsieur Con veut faire de la BD…. Ca rime avec PD… C'est PD pour les enrhumés. De la BD…
_ C'est un malade
_ Il ferait mieux de faire des maths.


(Scène de torture)

Yann, à l'âge où les autres enfants ont pour héros Tintin ou Astérix, s'entiche de François Mitterrand. Il est son héros, sa conscience, son sauveur.

_ On ne rature pas un coup. Un enfant ne défrappe pas, ne se déshématomise pas ; quand le coup a eu lieu, c'est pour toujours. Les coups, je vais te dire la vérité : les coups se traduisent pas en phrases.
_ D'accord, me lance François Mitterrand, mais en quoi s'expriment, se décrivent les coups ?


Cela lui vaudra de « belles » branlées, ses parents ne supportant pas d'avoir engendré un
«socialo-communiste PD».

_Putain, Delon dit Mitrand, Delon dit Mitrand ! s'exclame Roger Hanin
Puisque c'est ça je vais dire Dlon maintenant !


Le roman alterne des chapitres (courts) concernant l'enfance du petit Yann, avec ses souffrances, ses digressions, ses mots justes pour raviver la morsure des torgnoles, et des chapitres nous plongeant dans son panthéon intérieur, un imaginaire entouré de grands hommes, où l'auteur s'imagine l'entremetteur entre ses écrivains préférés et François Mitterrand.

Le style est agressif, rythmé, le flot de mot est énergique, quelquefois heurté. Yann Moix se joue de la grammaire et multiplie les néologismes, mais pas toujours avec bonheur, n'est pas Raymond Queneau qui veut. Est-ce par schizophrénie qu'il décline son nom de toute sorte (Ian Moaks, Yan Moixe…), est-ce par pudeur qu'il préfère EnfHanbaTTû à enfant battu ? L'esthétique est quelquefois comme l'enfant : torturé, sans que ce soit pénible, mais pour que ce soit fort, intense, littéraire.

Yann Moix est un animal, sa plume est animale, écorchée vive, bouillonnante, c'est une sorte de kamikaze littéraire qui distribue quelques grands coups de poing dans la gueule du lecteur, jusqu'à la dernière page, intense, où le lecteur s'effondre, KO dans un uppercut final.

J'ai aimé, j'ai aimé surtout la violence avec laquelle l'auteur se détache des humiliations, des coups de fil électrique, d'un même pas mal  un peu enfantin, inconscient. J'ai aimé le rire glacé, le sang dans les mots, la carence affective palpable à chaque syllabe et l'échappée imaginaire et touchante dans son panthéon peuplé de grands hommes.




C' EST POUR QUI ?

_ les romantiques (au sens littéraire du terme)
_ les mitterrandôlatres

C'EST PAS POUR…

_ les lecteurs de Marc Lévy
_ les « Mitrand »



« Panthéon », de Yann Moix, chez Grasset, août 2006, 300 pages.

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yann-moix.jpg Journaliste de formation, Yann Moix se lance dans l'écriture dans les années 1990. Son premier roman 'Jubilation vers le ciel' reçoit un joli accueil critique et le prix Goncourt du premier roman (1996). 'Les Cimetières sont des champs de fleurs' et 'Anissa Corto' confirment son statut d'écrivain, mais il lui faut attendre 2002 et son livre 'Podium' sur un sosie de Claude François, suivi d'un film avec Benoît Poelvoorde, pour que le grand public retienne son nom. 
par clinty publié dans : livres
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  • : 25/03/1981
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